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Interview/Prévention des accidents, éclatements, consommation en carburant, longs trajets….Serges Dioman Parfait livre les secrets du gonflage des pneus

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Serge Parfait Dioman recommande un gonflage des pneus au gaz azote pour une meilleure sécurité des usagers de la route. (Photo : DR)
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Parmi les causes des accidents de la route, figurent en bonne place, l’état et le niveau de gonflage des roues des véhicules. Très souvent négligés, ces deux facteurs peuvent induire de graves conséquences pour les automobilistes et les usagers de la route. Dans cette interview, Serge Dioman Parfait, expert international en industries pétrolières et énergies, lève un coin du voile sur l’entretien des pneus.

Au nombre des causes formelles des accidents de la route, la défaillance des pneus des véhicules est très souvent pointée du doigt. Comment expliquez-vous cela ?

Les roues représentent la section motrice qui, en plus de mettre le véhicule en mouvement, lui assure d'être en équilibre stable lors du roulage. Il s'agit de l'unique point d'assise de l'engin sur la route et sa garantie première, donc en termes de stabilité cinétique. L'éclatement des pneus, dû à la pression excessive dans les roues ou à toute autre source d'endommagement, représente une cause accidentogène citée avec récurrence en sécurité routière et ce, sans omettre qu'il s'avère en plus meurtrier. En réalité, même si les accidents de la route dépendent aussi de plusieurs autres facteurs dont l'âge et l'état d'usure des pneus, la vitesse excessive, la qualité du bitume, le type de gaz utilisé pour le gonflage des roues, etc., nous sommes tenus de respecter impérieusement les seuils de pression prescrits pour le gonflage des roues. Et même si certains véhicules de dernières générations sont d'office équipés de système d'alerte qui surveille et prévient en cas de perte de pression des pneus, il convient, chaque semaine en moyenne ou systématiquement lorsque l'on se prépare pour un long trajet, de vérifier le niveau de pression résiduaire dans les roues à l'aide d'un manomètre personnel.

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Vous évoquez la question du gonflage des pneus qui se fait en Côte d’Ivoire, dans la majorité des cas, chez les vulcanisateurs installés partout, aux coins des rues. Quelle est la différence entre gonfler ses pneus chez un vulcanisateur et dans une station-service ?

Le compresseur d'air qui génère l'air comprimé introduit dans les pneus, est par principe le même. Il n'y a  donc pas d'office à présumer que l'air de gonflage serait mieux chez l'un ou l'autre. Cependant, par précaution, juste avant de gonfler les pneus, il faut prendre soin de souffler l'air comprimé dans la paume de la main pour vérifier s'il est bien sec ou plutôt humide. Si c'est le cas, prière se rendre dans un autre point de service pouvant offrir de l'air sec.

Quelle est la bonne pression de gonflage des roues pour une voiture ordinaire utilisée en ville par exemple ?

Il faut d'abord savoir que la bonne pression se mesure quand le véhicule est à froid, c'est-à-dire quand il n'a pas encore parcouru une très longue distance. Elle se situe entre 2 et 3 bars en général pour nos voitures citadines. Pour les poids lourds, les bus de transport de passagers et autres véhicules non routiers, la notice du constructeur de l'engin fait foi, car leur poids à pleine charge n'est pas à ignorer. Ces informations sont inscrites sur un côté visible du cadre de portière du conducteur, ainsi que dans le manuel de bord. Il importe de s'y conformer, car au roulage, cette pression augmentera plus ou moins fortement, selon la vitesse, le type de gaz utilisé au gonflage, la saison chaude ou froide, etc.

Chez les vulcanisateurs, les machines servant à gonfler les pneus ne sont pas les mêmes. Certaines machines sont électriques et d’autres non.  Quelle est la différence au niveau du gonflage entre ces deux types de machine et laquelle recommandez-vous aux automobilistes ?

Quelle que soit la machine, il s'agit avant tout d'un compresseur d'air. C'est-à-dire une machine qui aspire l'air ambiant disponible à la faible pression atmosphérique, le filtre pour éliminer les poussières, les impuretés, l'humidité, etc., avant de le comprimer à une pression plus élevée qui viendra gonfler les pneus. Dans le cas du gonflage non électrique cependant, si le compresseur n'est pas correctement entretenu, l'on n'est pas à l'abri de subir une contamination de l'air comprimé par l'huile de lubrification par exemple. D'où, le test de soufflage de l'air dans la paume de la main ou sur du papier pour en juger de la qualité. Sinon, une fois introduit dans un pneu, l'air ou l'Azote de mauvaise qualité est une source avérée de son endommagement prématuré à terme.

« L’excès de vitesse associé à un mauvais gonflage accélère la détérioration de la roue et un risque de déchirure ou d'éclatement »

Y a-t-il une différence de pression selon que l'on gonfle ses pneus par l'air ambiant ou par le gaz Azote ?

La pression à respecter est la même et ne dépend pas du type de gaz. Elle est en général mentionnée en bar. Mais pour les zones anglo-saxonnes, l'indication est plutôt en psi (Pound per square inch). Si l'on importe donc un véhicule de ces régions, il y a une règle très simple pour retrouver en bar à quoi correspond la pression indiquée en psi. Il suffit de diviser cette derrière par 14,5 ou par 15 pour faire plus simple et avoir approximativement l'équivalent en bar.  Ainsi, pour des pneus censés être gonflés à 50 psi, il faut juste attendre de les gonfler à 3 bars de pression, vu que 50 divisé par 15 nous donne 3 et quelques poussières.

Dans la société, rares sont les automobilistes qui arrivent à maîtriser le niveau de gonflage de leurs pneus. Est-ce que dans la conduite ou à vue d’œil, il y a des techniques pour savoir si le pneu est mal gonflé ou pas ?

À vue d'œil, un pneu mal gonflé présente une déformation plastique au niveau de son point de contact avec la route. Il est anormalement affaissé et génère un bruit lors du roulage. Aujourd'hui, de plus en plus de véhicules sont dotés de systèmes d'alerte électroniques embarqués qui signalent au conducteur toute perte de pression.

Quel risque y a-t-il entre un pneu mal gonflé et en l’excès de vitesse ?

Être en excès de vitesse suppose déjà que les pneus tournent encore plus vite et induisent donc des frottements plus intenses entre le côté affaissé de la roue et la chaussée. Cela accélère la détérioration de la roue en question et le risque de déchirure ou d'éclatement de celle-ci. Somme toute, il s'agit là de deux causes accidentogènes bien connues. Les combiner ne peut qu'augmenter le risque d'accidents. C'est pourquoi, à la faveur des grands déplacements lors des départs en vacances ou longs week-ends, il importe de s'en préoccuper particulièrement.

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Certains experts en automobile associent l’âge des pneus et leur niveau de gonflage en cas d’accident par éclatement.  Est-ce que l’âge d’un pneu est déterminant dans son niveau de gonflage ?

Fût-il d'une certaine ancienneté ou plutôt plus neuf, un pneu usé présente systématiquement un risque d'éclatement imminent. Et s'il s'avère ancien, il va sans dire que ce risque est accru. D'où, le besoin de remplacer les roues avant qu'elles ne présentent une perte d'intégrité flagrante et dangereuse. Alors, les sous-gonfler dans ces conditions n'est pas une attitude censée accroître leur efficacité. En cas d'éclatement donc, suivi d'accident, il est manifeste que l'expert commis par les assurances vous mettra en tort.

Comment la vitesse d'une voiture peut-elle agir sur la pression des roues ?

En réalité, il n'y a pas que la hausse de la température ambiante du milieu extérieur qui influe sur l'augmentation de la pression interne des pneus. Certaines marques d'ailleurs, affichent de bonne isolation thermique vis-à-vis de l'extérieur. Le fait moins connu des automobilistes, est que la vitesse de rotation même des pneus est aussi impliquée, car plus une roue tourne vite, plus elle génère de fortes turbulences sur le gaz de gonflage qui est à l'intérieur. C'est en effet, une spécialité de base étudiée en mécanique des fluides gazeux. En clair, la sur-agitation de longue durée des molécules d'un gaz soumis aux frottements et entrechoquements sur les parois internes des pneus en rotation, résulte à terme, en une sorte d'effet joule, c'est-à-dire un dégagement continuel de chaleur sensible. Or, plus un gaz reçoit de la chaleur, plus il se dilate. Au final, la pression interne des roues augmentera.

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Les pneus sont faits en matière plastique ou de produits dérivés. Quel risque encourt un automobiliste avec des niveaux de gonflage élevés ?

Le caractère élastique d'une matière plastique, comme celle dont est faite une roue de voiture par exemple, porte en lui-même, le caractère fragile de ses conditions de rupture dans des cas d'utilisations extrêmes et non recommandées. Alors, je ne dirai pas qu'une roue, fût-elle neuve, peut résister à tout niveau de pression, à plus forte raison une roue usagée. Voilà pourquoi, pour un pneu excessivement gonflé au-delà des limites requises, le risque d'éclatement est réellement élevé, surtout quand l'on roule en plus à vive allure et que le gaz en sur-agitation, entre très vite en surpression thermique. L'appel à respecter la limite de vitesse sur nos routes n'est donc pas que pour l'évitement des collisions et sorties de route, mais c'est bien aussi pour tenir compte et limiter ce risque d'expansion des gaz de gonflage des pneus. Ceci dit, faisons remarquer que tous les gaz en sur-agitation ne réagissent pas tous pareillement en terme d'expansion.

« Après avoir roulé un bon moment, il est souhaitable de s'armer de patience et attendre 5 utiles petites minutes avant de regonfler son pneu » 

Vous recommandez le gaz Azote qui est un terme technique. Quelle est la spécificité de ce gaz pour les pneus ?

Il faut d’abord savoir que le gaz Azote (N2) est un gaz inerte plus stable et très peu susceptible aux variations de pression au fil du temps. Dans certaines régions du monde en fait, la mauvaise qualité du bitume fait de ce revêtement routier, un véritable radiateur thermique qui surchauffe au contact des pneus par temps ensoleillé et les soumet à rude épreuve en particulier, lors du roulage de longue durée et à grande vitesse. À la différence des autres, le gaz Azote se dilate moins dans ces conditions hostiles et maintient plus longtemps donc, la constance de la pression interne des pneus. C'est à juste titre, alors que les voitures de course le privilégient pour leurs roues. Toutefois, il n'est pas un prétexte pour s'adonner à la conduite à vive allure.

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Comment un automobiliste peut-il reconnaître un vulcanisateur qui utilise le gaz azote ou pas ?

Il n'y a pas de recommandation formelle en tant que tel pour l'utilisation de l'Azote. Sauf qu'il convient tout de même de porter à la connaissance des usagers que cette alternative reste utile, intéressante et d'ailleurs déjà utilisée, car disponible chez certains mécaniciens et autres structures de gonflage des pneus. Cependant, la qualité du gaz de gonflage, à elle tout seul, ne résout pas toutes les problématiques liées à nos pneus, car il y va bien évidemment aussi de l'intégrité physique même de ceux-ci. Mais, la qualité du gaz de gonflage garde au moins, le mérite de contribuer grandement à garantir la sécuritaire routière. Aujourd’hui, de plus en plus de particuliers ont leurs pneus gonflés au gaz Azote proposé gratuitement par des stations-services et des vulcanisateurs militant à la bonne cause de la sécurité routière. Par ailleurs, il importe de savoir que quand une roue est déjà gonflée à l'air, faire un appoint de gonflage à l'Azote est sans effet et vice-versa. La roue doit exclusivement être en Azote. Aussi, après avoir roulé un bon moment, il est souhaitable de s'armer de patience et attendre 5 utiles petites minutes avant de regonfler son pneu. C'est le temps minimal pour qu'il se refroidisse convenablement et prenne une pression plus fiable. Somme toute, avoir des roues en bon état et respectant la date limite de péremption, c'est bien. Les gonfler à la bonne pression correspondant à la limitation de vitesse sur nos routes, c'est aussi bien. Et si l'on a en plus l'opportunité de les gonfler avec du gaz Azote pur et sec, plutôt qu'avec de l'air ambiant comprimé, ceci est nettement plus conseillé.

Voulez-vous dire par-là que les automobilistes doivent désormais gonfler leurs pneus au gaz Azote ?

Pas nécessairement, surtout quand l'on n'est pas sujet à parcourir de longues distances. Cependant, si l'on a l'opportunité de disposer d'un service de gonflage au gaz Azote sec, il conviendra de le privilégier en gardant à l'esprit que des pneus bien gonflés adhèrent mieux au sol, affichent des propriétés de freinage optimal et contribuent à une nette réduction de la consommation en carburant sur les longs parcours. Ce qui va dans le bon sens à réduire la pollution routière et participer de façon notable, à l'éco-responsabilité climatique.

 Réalisée par Ernest Famin

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