
A 8 mois de la prochaine élection présidentielle, Laurent Gbagbo croit avoir trouvé en la question foncière, un argument électoraliste. Saisissant l’occasion d’une rencontre avec les députés de son parti, le PPA-CI, avant-hier mercredi, il s’est prononcé sur les litiges qui défraient la chronique depuis quelque temps. Au lieu d’en faire une analyse détachée, à froid, l’ex-chef de l’État a choisi d’instrumentaliser ce sujet sensible à des fins politiciennes. En populiste porté à surfer sur tout ce qui peut servir à raviver la flamme militante de ses partisans, il s’est plutôt lancé dans des propos mélangeant à dessein foncier et fraude sur la nationalité. « Pour un national, avoir un terrain, c’est facile », a-t-il commencé par dire. Puis le président du PPA-CI de convoquer la question de la nationalité dans cette affaire du foncier en laissant clairement entendre que pour acquérir un terrain, le non-national est porté à frauder la nationalité ivoirienne. « Il fraude pour avoir la nationalité ivoirienne et il fraude pour avoir un terrain. S’il a déjà la nationalité, ce n’est pas sur le terrain qu’il va hésiter », lâche-t-il.
Et l’ancien chef de l’État de faire basculer cette question foncière sur le terrain politique. « Et vous voyez l’enchaînement politique : celui qui fraude se donne le président qui va lui garantir cette nationalité qu’il vient d’acquérir », poursuit-il, mêlant à dessein fraude sur la nationalité et acquisition de bien foncier. On le voit, il y a chez Laurent Gbagbo, une intention manifeste d’exploiter l’émotion suscitée au sein de la population par les récents litiges fonciers à des fins politiciennes, voire électoralistes. Il y a là visiblement, une insidieuse inclination à prendre prétexte de la polémique autour de la question foncière pour souffler sur des braises incandescentes que charrie la problématique de fraude sur la nationalité.
A 8 mois de la prochaine présidentielle, Laurent Gbagbo croit avoir trouvé en ce sujet sensible du foncier, une opportunité de raviver la question de la fraude sur la nationalité et partant, de mobiliser ses troupes autour de cette question fédératrice. En pointant un doigt accusateur sur l’étranger, perçu comme le fraudeur de nationalité, il espère capter tous ceux à qui parle le discours identitaire de type populiste.
Mais à vouloir en tout temps et à tout-va surfer sur le narratif identitaire pour chauffer à blanc l’esprit de ses partisans, l’ex-chef de l’État file du mauvais coton. Il jette de l’huile sur le feu avec le risque de réveiller les vieux démons. Cette rhétorique identitaire, on le sait, avait, par le passé, conduit à un déchirement du tissu social en dressant les Ivoiriens les uns contre les autres, une frange de la population ivoirienne ayant été perçue comme des Ivoiriens de circonstance ou des Ivoiriens de nationalité douteuse. Il est donc dangereux de brandir comme une buchette d’allumette, cette rhétorique identitaire avec l’intention malsaine de capitaliser à des fins électoralistes la peur de l’étranger, lequel est taxé de fraudeur de nationalité et partant, d’usurpateur de terre.
Faut-il le rappeler, c’est la manipulation de la question foncière, avec en toile de fond la peur de l’étranger, qui a embrasé l’Ouest du pays du temps où le même Laurent Gbagbo était au pouvoir. A cette époque, à l’instigation des cadres du FPI de la région, des allochtones avaient été dépossédés de leurs terres. Ce qui avait mis le feu aux poudres. De retour de la Haye, l’ex-chef de l’État avait remis le couvert en reprenant cette même rhétorique tendant à faire croire que les Ebrié sont spoliés de leurs terres. Le mercredi dernier, à la faveur de la rencontre avec les députés de son parti, il a encore dit que « les Ebrié sont écrasés », laissant sous-entendre qu’ils sont dépossédés de leurs terres. Un narratif incendiaire qui, mélangé au débat sur la fraude de la nationalité, avait brûlé le pays hier.
Assane Niada