
« Ça, tous les chefs d’État africains le font (…) C’est un épiphénomène », a-telle commencé par dire. Une réponse dont l’intervieweur n’a pas semblé se satisfaire. Et celui-ci de la relancer. « Les Africains re- gardent çà en étant stupéfaits. Pour eux, cela relevait du fantasme (…) C’est l’argent des Ivoiriens, ce n’est pas l’argent sorti de la poche de Laurent Gbagbo. Quand on sait qu’on est dans un pays où les gens manquent de tout, donner des sommes faramineuses à un dirigeant, fût-il de la France, est-ce qu’on peut balayer ça du revers de la main ? », apostrophe-t-il Simone Gbagbo, qui était Première dame à l’époque des faits. « « Il y a des décisions qui n’auraient pas dû être prises », finit-elle par admettre. Et d’ajouter : « Ce n’est pas parce que je suis d’accord avec ça ». Tout en déplorant ces dessous de table qui relèvent des pratiques de la Françafrique que son époux Laurent Gbagbo disait combattre, elle tente de justifier cette contradiction. « On a accédé au pouvoir et on a constaté un certain nombre de faits : les dirigeants africains sont soumis à cette pression que nous ignorions à cette période-là.
Et quand vous découvrez ça, vous êtes étonnés, vous êtes dans la contrainte », tente-t-elle d’expliquer. Puis l’ex-Première dame de raconter une anecdote sur les pratiques qui ont court au sein de la Françafrique, comme pour montrer que les chefs d’État africains étaient pris dans une nasse. « Il y a un président africain (dont je vais taire le nom) qui dit que dans nos pays de l’Afrique francophone, même l’ordre du jour du conseil des ministres, il fallait le soumettre à la France. C’est le gouvernement français qui vous dit, dans votre ordre du jour : « Traitez tel sujet, ne traitez pas telle autre question. Et si vous voulez traiter telle question, traitez-la dans ce sens ». Et les chefs d’État africains ont exécuté ça pendant des années. Ceux qui ont refusé d’exécuter ça, soit ils ont été tués rapidement, soit ils ont été l’objet de coup d’État… », relate-t-elle. Visiblement peu convaincu par cette tentative de justification de Simone Gbagbo, son vis-à-vis la relance. « Laurent Gbagbo était resté dans l’esprit des Africains comme l’antiFançafrique.
On savait qu’il se battait contre la France et que toutes ses misères venaient de ce combat. Il y a comme un paradoxe quand on se rend compte que c’est le Gbagbo, l’anti-Françafrique qui va donner des milliards à Jacques Chirac. Ça a brouillé un peu son discours (…) Les gens ont le sentiment d’un double discours : un discours populiste en public, alors qu’en réalité, on continue avec les mallettes en dessous ». Un argument massue qui a semblé désarçonner Simone Gbagbo. Aussi se contentera-t-elle de dire, confuse : « Je comprends mais quelquefois, vous lâchez du lest pour avoir quelque chose que vous considérez comme plus essentiel ». On retient de cette interview que l’ex-Première dame confirme les révélations faites par son ex-époux Gbagbo dans un ouvrage qu’il a publié il y a quelque temps et qu’il a confirmé par la suite dans une interview accordée au confrère Alain Foka.
Assane Niada