
Par la voix de Koné Katinan, un de ses faucons, le PPA-CI s’est notamment élevé contre ce qu’il estime être des restrictions des libertés ou l’usage de la violence comme mode de gouvernance du pouvoir. Le parti de Laurent Gbagbo a dénoncé la mesure d’interdiction des syndicats en milieu scolaire et universitaire et les poursuites judiciaires engagées contre ses militants. « Le recours systématique à des notions pénales à la fois floues et larges comme « atteinte à la sûreté de l’Etat, troubles à l’ordre public etc., participe de la confiscation des libertés publiques et des acquis démocratiques. Comme l’atteste la suppression pure et simple des syndicats dans le milieu estudiantin », a notamment vitupéré le PPA-CI.
Restriction des libertés ou attitude responsable du pouvoir ?
Pour le parti de Gbagbo, le gouvernement devait laisser la FESCI continuer de semer la terreur dans les cités universitaires, au nom de la liberté syndicale. C’est cette gouvernance laxiste voire débonnaire qui a fait pousser des ailes à ce syndicat estudiantin, au point qu’il s’est mué en une organisation criminelle ou mafieuse, faisant la pluie et le beau temps sous le régime Gbagbo. N’est-ce pas sous la mandature de Laurent Gbagbo et son parti d’alors, le FPI, que la Côte d’Ivoire a assisté aux innommables exactions auxquelles s’est livrée impunément la FESCI ? Un gouvernement responsable devait porter l’estocade à ce syndicat après qu’il s’est rendu coupable d’un énième crime de sang sur la personne d’Agui Marius Deagoué alias « général Sorcier ». C’est ce qu’a fait le pouvoir Ouattara.
Par ailleurs, le PPA-CI fustige ce qu’il appelle « la chasse permanente aux opposants politiques ». A en croire, Koné Katinan, les cadres et militants de son parti ont été l'objet d’arrestation et poursuites judiciaires récurrentes. « Au cours de l’année 2024, le régime du RHDP a battu son propre record dans sa hargne contre les opposants notamment du PPA-CI et les proches de Soro Guillaume », s’est offusqué le parti de Gbagbo. Et de citer les cas des responsables politiques du PPA-CI Damana Adia Pickass, Koua Justin, Dosso Charles Rodel et des cyberactivistes proches dudit parti, Gala Kolé Bi et Yapo Ebiba François, plus connu sous l’appellation de Serge Koffi le drone. Certains sont en état d’arrestation quand d’autres sont en procès. Ils sont poursuivis pour diverses infractions dont l’atteinte à l’intégrité du territoire (attaque du camp d’Anyama pour Pickass ; atteinte à la défense nationale pour Koua Justin), la diffusion de fausses informations susceptibles de troubler l’ordre public (les cas de Gala Kole Bi et Serge Koffi le drone).
Au nom de la liberté d’expression, un gouvernement responsable devrait-il laisser en circulation des acteurs politiques ou de simples citoyens suspectés d’actions de déstabilisation ou de s’adonner à de la propagande ou à la désinformation visant à nuire à l’intégrité du pays ? Non, évidemment. Quand un gouvernement responsable voit le dos du nageur, il ne se contente pas de le voir, il se doit de l’interpeller pour lui demander des comptes. C’est ce que fait le pouvoir en mettant le grappin sur tous ceux dont les agissements et propos sont susceptibles de créer les conditions d’un soulèvement populaire ou militaire. C’est toute la différence entre l’ex-régime Gbagbo, qui regardait avec laxisme des individus préparer puis exécuter, sous ses yeux, des actions subversives et le pouvoir Ouattara, qui intervient promptement pour mettre le holà.
Le « communautarisme » institué depuis 1967
Par ailleurs, le PPA-CI s’insurge contre ce qu’il qualifie de propension du pouvoir Ouattara au communautarisme. « …force est d’admettre que le RHDP a fait du communautarisme son idéologie de conquête de pouvoir en se référant aux deux notions les plus nocives pour la république que sont la religion et la région. A l’approche de l’échéance électorale de 2025, l’idéologie communautariste se bonifie à la fois dans les discours et dans les faits », a chargé Koné Katinan au nom de son parti. Et le président du Conseil stratégique et politique du PPA-CI de citer notamment la cérémonie de présentation de la Communauté musulmane des douanes, le 20 décembre 2024 ; cérémonie au cours de laquelle, le parrain, le président de l’Assemblée nationale, Adama Bictogo, a délivré un message.
« Que sera les Douanes ivoiriennes, comprises comme service public, si toutes les confessions religieuses se mettaient à s’organiser suivant le modèle de la COMODO. Imaginons un seul instant la communauté chrétienne avec toutes ses déclinaisons, les bouddhistes, les adeptes du judaïsme, des adeptes des religions traditionnelles africaines s’identifier chacun selon ses croyances religieuses, dans l’administration douanière », a pesté le PPA-CI. A la vérité, cette propension à s’organiser dans l’administration sur fond d’obédience religieuse n’est pas une création du pouvoir Ouattara. Dès les premières années d’indépendance de la Côte d’Ivoire, une aumônerie militaire catholique a été instaurée au sein des armées ivoiriennes. Le décret n°67-11 du 11 janvier 1967 a été pris à cet effet. Dans les statuts régissant cette aumônerie, il est notamment écrit dans le préambule : « …l’Aumônerie militaire catholique permet en tout temps et en tout lieu aux militaires actifs et retraités, aux personnels civils qui travaillent et logent avec eux, ainsi qu’à leurs familles de pratiquer leur foi et surtout de célébrer l’Eucharistie, centre de la vie chrétienne. Ainsi, les présents Statuts ont pour objectifs d’organiser, d’harmoniser et de réglementer l’Aumônerie Militaire Catholique de Cote d’Ivoire ». On le voit, sauf à faire preuve de mauvaise foi ou de populisme, on ne peut faire croire que c’est sous Alassane Ouattara que se développe le communautarisme en partant de cet exemple. Au total, le PPA-CI ne peut donner de leçon au pouvoir Ouattara sur ces différentes questions. Sinon, on serait porté à dire que c’est l’hôpital qui se fout de la charité.
Assane Niada