
La perspective d’une participation d’Alassane Ouattara à la présidentielle du mois d’octobre 2025 vient assurément mélanger les calculs de ces deux partis de l’opposition. Certes, le chef de l’État et président du parti au pouvoir, le RHDP, n’a pas indiqué clairement qu’il sera candidat à ce scrutin. Pour autant, il n’a pas fait mystère de ses intentions. Sa déclaration laisse, en effet, peu de doute sur sa volonté d’être candidat à la présidentielle d’octobre 2025. « Il y a cinq ans, j’indiquais au corps diplomatique qu’il était de mon intention de ne plus être candidat parce que j’estimais qu’il fallait passer la main à une nouvelle génération (…) Aujourd’hui, je peux vous dire que je n’ai pas encore pris de décision. Mais, je peux aussi vous rassurer que je suis en pleine santé et désireux de servir mon pays », a-t-il laissé entendre. Plusieurs observateurs de la vie politique nationale y ont vu une déclaration de candidature, à demi-mot.
Ouattara candidat : un scénario redouté par l’opposition
La participation d’Alassane Ouattara à ce scrutin est assurément le scénario le plus redouté par Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam. Il n’y a qu’à voir le tapage fait par leurs partisans sur la toile, avec l’intention de pousser le leader du parti au pouvoir à renoncer à se présenter à la prochaine présidentielle. C’est qu’une candidature de Ouattara ne laissera aucune chance à ses deux adversaires que sont Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam. Certes, une hypothèque pèse sur la participation de ces deux leaders de l’opposition à ce scrutin. Le président du PPA-CI est frappé d’inéligibilité en raison de sa condamnation à 20 ans de prison pour braquage de la BCEAO ; une peine qui le prive de ses droits civiques et a entraîné sa radiation de la liste électorale. Quant au président du PDCI-RDA, il jouirait à ce jour d’une nationalité française, en plus de la nationalité ivoirienne et donc, d’une double nationalité. Ce qui est contraire au code ivoirien de la nationalité.
Au cas où l’un et l’autre viendraient à être admis à prendre part à la présidentielle d’octobre, ils auraient peu de chance de battre Alassane Ouattara. Fort d’un bilan qui s’impose comme un argument électoral massue, le chef de l’État et président du RHDP part favori à ce scrutin, au dire de bien des observateurs de la vie politique nationale. Ce sont d’ailleurs ces gros acquis socioéconomiques qui ont valu à son parti, la razzia qu’il a réalisée lors des dernières élections générales de septembre 2023 auxquelles tous les partis représentatifs ont pris part. Une victoire sans ambages qui fonde nombre de personnalités du parti au pouvoir à soutenir, à juste titre, que le RHDP ne peut pas ne peut gagner la prochaine présidentielle. Quel que soit l’adversaire de l’opposition qui sera aux prises avec Alassane Ouattara.
Gbagbo-Thiam : même sort devant le candidat Ouattara
Que peut, en effet, un Laurent Gbagbo, aujourd’hui diminué, face à un Alassane Ouattara, conforté par ses acquis de 13 années de gestion du pouvoir et la solidité de son parti ? Lui qui n’a pu battre Ouattara lors de la présidentielle de 2010, alors qu’il détenait tous les leviers du pouvoir, quel exploit peut-il espérer réaliser aujourd’hui avec seulement une portion de sa galaxie patriotique d’hier ? Avec son nouveau parti qui peine, depuis sa création, à s’implanter sur le territoire national, que pourra-t-il devant la redoutable machine qu’est le RHDP ? Autant dire que si Ouattara est candidat à la présidentielle, Laurent Gbagbo a peu de chance de revenir au pouvoir.
Une telle éventualité pourrait briser le rêve de Tidjane Thiam également. Lui aussi, semble redouter ce scénario. Ne déclarait-il pas récemment qu’il entendait voir qui sera le candidat du RHDP avant que son parti ne tienne la convention au cours de laquelle sera élu son candidat à la présidentielle ? Maintenant qu’Alassane Ouattara a levé le voile sur ses intentions, Tidjane Thiam pourrait connaître la même désillusion que Laurent Gbagbo. D’abord, parce qu’il n’a rien d’autre à vendre aux électeurs que des promesses, là où Ouattara ferait valoir les nombreux acquis de ses 13 années de gestion du pouvoir. Ensuite, Tidjane Thiam part défavorisé par les dissensions internes qui minent son parti, conséquence de son parachutage à la tête du PDCI-RDA. Il pourrait être aussi diminué par une connaissance insuffisante des réalités sociologiques entourant les élections en Côte d’Ivoire, du fait de son absence prolongée du pays. Autant de facteurs qui inclinent à avancer que l’ex-patron du Crédit Suisse pourrait mordre la poussière, lui aussi, dans la perspective d’une confrontation électorale avec Alassane Ouattara.
Assane Niada