
La politique ivoirienne est très sensationnelle depuis un bon moment. À 11 mois de la prochaine présidentielle en Côte d’Ivoire, certaines formations politiques qui disent avoir trouvé la perle rare, le messie qui va remporter ce scrutin sans bavure, ne dorment cependant pas. C’est même un truisme de dire que leurs nuits sont hantées par la candidature d’un homme, Alassane Ouattara. Ainsi donc, il ne se passe plus de jour sans qu’un officiel de l’opposition ou un support de communication proche de celle-ci, ne déblatère sur l’opportunité ou pas de la candidature du président du RHDP. Ce week-end, n’ayant certainement plus d’os à broyer sur le sujet, le journal officiel du PDCI-RDA s’est inquiété du « silence » de Ouattara qui troublerait la « case ».
Pour ce confrère, le PDCI-RDA a son candidat qui s’appelle Tidjane Thiam, le PPA-CI a le sien qui s’appelle Laurent Gbagbo, puis au confrère de s’interroger sur les hésitations du RHDP pour le choix de son candidat. Bien avant, le journal officiel du PDCI-RDA, c’est Pascal Affi N’Guessan, président du FPI, qui s’est envolé pour l’Europe pour faire le tour des médias occidentaux, toujours pour faire une campagne contre une candidature du président du RHDP. Sur la chaîne française RFI, Affi a même soutenu que « ce serait un grand risque pour le pays que Monsieur Ouattara soit encore candidat en 2025 ». Quelques jours auparavant, soit le 31 octobre 2024, c’est l’ancien leader des jeunes patriotes, Charles Blé Goudé, qui rejetait, lui aussi, cette éventualité.
« Au-delà du président Alassane Ouattara, j’ai toujours pensé qu’il est temps de tourner la page de nos aînés. Il faut qu’ils acceptent de passer la main pour ne pas priver la Côte d’Ivoire de ses atouts, notamment la jeunesse, pleine de vigueur, capable de proposer des idées nouvelles et de rivaliser avec le reste du monde », a-t-il déclaré dans une interview sur France 24. L’ex-Première dame, Simone Gbagbo, n’envisage pas, elle non plus, une candidature de Ouattara. « Si nous regardons nos textes, il n’avait pas déjà le droit d’être candidat en 2020. Aujourd’hui, il n’en a encore moins le droit », a-t-elle argué dans une interview sur France 24, début septembre 2024. Comme on peut le voir, l’idée d’un front uni de cette opposition contre la candidature de Ouattara n’est plus à écarter.
Alors questions : Pourquoi tant d’agissements autour d’une candidature qui n’a rien d’anormal ? Pourquoi vouloir coûte que coûte que Ouattara dise s’il est candidat ou pas à la présidentielle de 2025 ? Au lieu de se concentrer sur leurs propres candidats, pourquoi déployer tant d’énergie autour de la candidature d’un adversaire ? Voilà là autant de questions qui amènent à s’interroger sur l’intérêt très grandissant de l’opposition autour de la candidature de Ouattara. À la vérité, le journal officiel du PDCI-RDA qui soutient que le silence de Ouattara sur sa candidature inquiète son propre parti politique, prêche le faux pour avoir le vrai. Autant le RHDP ne peut pas imposer un timing aux autres partis politiques pour le choix de leur candidat, cette opposition ne doit plus non plus exiger à Ouattara de dire si oui ou non il sera candidat en 2025.
Ceci est une cuisine interne au RHDP. Si donc les acteurs de l’opposition en parlent avec insistance, cela voudrait dire cette candidature les dérange au plus haut niveau. C’est là le vrai point. L’opposition, toutes tendances confondues, sait que dans aucun cas de figure et quels que soient le schéma et la coalition qui seront mis place, aucun adversaire ne pourra ébranler Ouattara. Il est fort à parier que si Ouattara dévoile tôt son intention de se présenter à cette élection, des candidats renonceront à y participer. Pour ces derniers, le silence de Ouattara sème une véritable trouille en leur sein. Mais ceci est peine perdue. Ouattara est le maître des horloges politiques en Côte d’Ivoire. Il annoncera sa candidature ou pas en temps voulu.
Kra Bernard