
À l’état civil Kéïta Mamadou, Nama Bouaké était récemment à Abidjan où il a signé une convention avec le duo Zouglou Yodé et Siro pour une tournée européenne dont le coup d’envoi sera donné le 11 mars 2022 à l’espace Venise 30 Route de Groslay Sarcelle 95200. Le promoteur partage avec L’Avenir dans cet entretien, ses premiers pas dans l’univers des promoteurs de spectacles en France, sa vision du showbiz, les raisons de son choix pour Yodé et Siro…
Vous êtes depuis un bon moment, un homme clé et à la fois incontournable dans le showbiz en France. Comment êtes-vous arrivé à vous imposer dans l’univers très sélect des promoteurs de spectacles en France ?
C’est d’abord grâce à un promoteur du nom de Charles Boly auprès de qui j’ai fait mes premiers pas dans l’univers du showbiz parisien. Nous avions tourné beaucoup ensemble dans toute la France dans le cadre de l’organisation de ses événements. Chemin faisant, le virus s’est installé et on ne peut plus s’en détacher. Il faut préciser que lorsque je suis arrivé pour la première fois en France, je ne travaillais pas et mon premier boulot a été mon incursion dans l’univers de la promotion et production de spectacles.
Pour une nouvelle expérience, comment l’aviez-vous vécue dans vos débuts ? Était-ce contraignant ou passionnant pour vous ?
Il faut le reconnaître, c’était vraiment difficile au départ. Mais comme avant d’aller en France, j’organisais déjà à Bouaké où j’étais, les bals de fin d’année et aussi des concerts à l’occasion des fêtes de tabaski et ramadan, j’avais donc quelque peu une notion de ce que c’est qu’organiser un événement ou un spectacle. Mon amour pour le showbiz était déjà bien réel avant de me rendre en France. Cet amour ou cette passion pour le showbiz s’est accrue aux côtés de Charles Boly. Tout début n’étant donc pas facile, j’ai pris du temps avant de m’intégrer véritablement.
En France, qui est habilité à être promoteur de spectacles ?
Tout le monde peut être promoteur de spectacles en France, à condition d’avoir la licence ou une association et y ajouter les contacts.
Comment se porte le milieu du showbiz en France ?
Tout se passe bien. C’est un milieu difficile que ce soit en France ou en Côte d’Ivoire. Toutefois, on essaie de faire avec, surtout avec la détermination et les ambitions des nouveaux promoteurs, les choses commencent à s’améliorer. A côté, il y a la crise sanitaire qui nous a causé un énorme préjudice.
Le showbiz en Europe se porte certes, très bien comme vous le dites, toutefois, on note de grandes mésententes entre vous promoteurs…
Cette situation n’est pas seulement qu’en Europe, car même en Côte d’Ivoire, les choses se passent ainsi. Chacun voulant se tailler une grande part du marché, signer le plus grand nombre d’artistes, on finit par se créer des guéguerres. Lorsque nous arrivons à Abidjan, nous essayons de tout notre possible pour signer avec le plus grand nombre d’artistes, notamment ceux d’actualité. Malheureusement, ce que plein de promoteurs n’ont pas encore compris, c’est qu’un artiste reste toujours sous la collaboration du promoteur qui lui a fait le visa.
Justement, vous êtes à Abidjan dans le cadre de la signature d’un contrat de tournée européenne avec Yodé et Siro en mars prochain. Que renferme cette tournée ?
Effectivement, mes partenaires et moi, avons signé une convention avec Yodé et Siro. Ce qui est une grande première. C’est un très gros contrat qui est assez lourd financièrement. En plus des artistes, nous faisons également déplacer le staff, les danseuses. Ce qui nous fait 18 personnes à faire déplacer pour le concert du 11 mars 2022 à Paris, plus précisément à l’espace Venise. Après ce concert, nous avons d’autres dates prévues. Pour la tournée, ce sont plusieurs villes et pays d’Europe qui ont manifesté leurs intentions d’avoir Yodé et Siro dans leurs espaces. Pour le moment donc, nous ne sommes pas à mesure de dire fidèlement les dates et les lieux qu’ils feront dans le cadre de cette tournée européenne. Sinon, Yodé et Siro constituent le groupe le plus attendu en Europe. Cela fait plusieurs années depuis la sortie de leur album ‘’Héritage’’ qu’ils n’ont pas joué en Europe. Cette tournée se fera en deux options, à savoir trois dates après leur concert du 11 mars 2022, puis, ils retourneront à Abidjan avant de repartir pour la suite de la tournée.
Comment expliquez-vous le fait que les artistes ivoiriens, une fois en Europe pour des tournées dites européennes, ne jouent seulement que dans de petites salles et en plus dans la communauté ?
C’est ce que les gens disent. Sinon, ils ne jouent pas tous dans de petites salles. L’espace Venise par exemple où Yodé et Siro se produiront le 11 mars 2022, fait 3 000 à 4 000 places. Ce qui est comparable à la salle Anoumabo du Palais de la Culture de Treichville. En dehors de Paris, il y a des villes comme Nantes où la communauté ivoirienne est très faible. Et comme là-bas, ce sont pour la plupart des étudiants, nous sommes obligés de prendre des salles de 200 à 300 places. Ce qui est déjà beaucoup en Europe en réussissant à réunir 300 personnes dans une salle pour le spectacle d’un artiste. Nos artistes ivoiriens doivent travailler pour atteindre d’autres objectifs et d’autres communautés. Même nos enfants qui sont avec nous en Europe ne connaissent même pas nos artistes. Cela, parce qu’ils ne passent pas sur les chaînes de télévisions françaises.
Qu’est-ce qui différencie Nama Bouaké des autres promoteurs ?
Il n’y a pas de différence. On est tous pareils et chacun fait son travail. Peut-être que c’est le travail, la confiance et le respect du contrat vis-à-vis des artistes, vis-à-vis de tout ce que nous faisons sur place. C’est le travail bien fait qui va nous identifier et nous différencier des autres. Et c’est par rapport à ce travail que plusieurs artistes nous approchent pour travailler avec nous.
En termes d’organisation de spectacles, qu’est-ce que vous avez déjà fait ?
Nous avons organisé les 25 ans de carrière de Soum Bill, les 25 ans des Garagistes, et tout récemment, le concert de VDA. Je peux déjà citer ceux-là. Et nous ne sommes pas seuls, je travaille avec des partenaires comme Cheick Diaby, Gladignon le Mignon, Cheicki du Bivo avec qui nous nous sommes mis ensemble pour travailler et coordonner toutes nos activités. Les gens diront peut-être que c’est Nama Bouaké, mais c’est toute cette équipe qui travaille main dans la main. On réfléchit ensemble sur les voies et moyens pour faire avancer la culture ivoirienne et africaine. Et si vous avez remarqué, la culture ivoirienne a beaucoup progressé aujourd’hui, parce qu’avant, pour organiser un spectacle, les Ivoiriens n’ont jamais dépassé 1000 places. Aujourd’hui, nous sommes sortis de là pour l’Espace Venise qui est entre 3 000 et 4 000 places. Donc, nous sommes en train de progresser. C’est vrai les gens parlent du Zénith. Nous y travaillons pour atteindre cet objectif, mais il faut aussi que nos artistes travaillent également pour qu’ensemble, nous puissions atteindre cet objectif. Parce que les communautés ivoiriennes qui vont au Zénith ne dépassent pas plus de 5 000 personnes.
En Europe, les Ivoiriens ont des espaces qui marchent chaque jour du lundi au lundi. Il y a des boîtes de nuit qui fonctionnent comme à Abidjan. Il y a des espaces Zouglou qui, tout le week-end, marchent bien Ce qui veut dire que ces acteurs sortent tous les jours. Donc, les comparer aux autres communautés qui font des spectacles tous les 3 moins, ce n’est pas pareil.
Philip Kla